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Articles - Récit d'un recul de la République (Serge HALIMI)
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Comprendre comment les salariés sont devenus les vaincus de l’Histoire

La part des salaires dans la valeur ajoutée, en France, passe de 66,4% en 1970 à 71,8 % en 1981, moins de 60 % aujourd’hui. Les vaincus sont les travailleurs au profit des spéculateurs.

Aux USA, la crise de 1929 a encouragé l’état à intervenir dans la vie économique : redistribution des richesses, création monétaire, stimulation de la demande :
Temps heureux : « Lorsque les intérêts du plus grand nombre sont en cause, les intérêts de quelques-uns uns doivent céder »(Roosevelt).W.J BRYAN avait dit 40 ans plus tôt : « les grandes entreprises sont les créatures de la loi. Elles n’ont d’autres droits que ceux que le peuple leur confère .Il peut leur imposer les limitations que requiert la protection du bien public ».

Temps malheureux : Dès 1950, A STEVENSON, démocrate, prétend que « Dieu nous a confié une mission redoutable, le leadership du monde libre…Je suis opposé à la médecine socialisée, à la banque socialisée, ou à l’industrie socialisée ». Dès 1997, 1% des américains les plus riches détiendront 40 % de la richesse nationale. En 2001, BUSCH leur offrira une réduction d’impôt de 1350 milliards de dollars…Notre « américain » de président a pris là son idée de bouclier fiscal.

L e chef de file mondial de ce néolibéralisme fut l’économiste autrichien Friedrich HAYEK. Les Républicains, aux USA se sont saisis de ses thèses. HAYEK a un objectif économique : la baisse des salaires.
Les USA gèlent le salaire minimum de 1981 à 1990, Reagan voulait même le baisser pour « favoriser l’emploi des jeunes »! En France, BARRE proposera carrément de le supprimer.

Pascal SALIN, économiste libéral français, dans un article de Libération du 29 mai 1995, Le SMIC, machine à exclure, ose : « Pour permettre l’entrée sur le marché du travail d’une foule de personnes dont la productivité est inférieure au SMIC, ..il faut le supprimer ».

William SIMON, ancien ministre des Finances (USA) se plaint en 1979 de l’économie keynésienne : « nous voyons la redistribution d’une part croissante des richesses au profit d’une clientèle regroupant à la fois ceux qui sont vraiment dans le besoin et une part croissante des classes moyennes, nous voyons le fardeau fiscal s’alourdir dans discontinuer pour financer les politiques de redistribution, nous voyons un gouffre de dettes empilées les unes sur les autres, et dissimulées au public grâce à des manipulations budgétaires, nous voyons un engagement public à long terme destiné à financer les retraites des fonctionnaires et celles d’autres allocataires des classes moyennes ».

C’est bien le discours néolibéral du pouvoir français ou d’organismes à la botte comme Sauvegarde Retraites.

Deux instruments ont été forgés sous l’influence de Milton FRIEDMAN pour combattre cette redistribution :
- le monétarisme qui prive l’Etat de toute possibilité d’intervention, la banque centrale (européenne pour nous) laissant faire le marché et montant ses taux d’intérêt pour créer du chômage et combattre l’inflation quand elle menace .
- la baisse des impôts qui assèche les finances de l’Etat, qui se voit imposer la limitation convergente de sa dette (Europe).
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Les médias vont relayer ce credo. Avec en 1984 l’émission télévisée « Vive la crise » présentée par Yves MONTANT, avec Christine OCKRENT, AlAin MINC, Laurent JOFFRIN, et Philippe de VILLIERS dans les rôles principaux.

Pour revenir à une économie de liberté, d’après HAYEK, la restriction du pouvoir syndical par le chômage est nécessaire.
Robert LUCAS, prix Nobel d’Economie en 1995 a sa solution : « les chômeurs n’ont qu’à installer des étals de pommes au coin des rues, ou vendre leurs biens propres, pour retrouver aussitôt un emploi ».

Un rapport (1975) de la commission trilatérale (un puits de pensée libérale) rédigé par une équipe comprenant Michel CROZIER dénonce en France un excès de démocratie. Les puits de pensée vont jouer un rôle essentiel. La société du Mont Pèlerin, créée en 1947 par HAYEK et FRIEDMAN, réunit de manière très sélective les libéraux à même d’inoculer dans les populations l’idée des bienfaits du libéralisme économique. La commission trilatérale, le groupe Bilderberg, la fondation Saint Simon, le Forum économique et social de DAVOS suivront.
En 1980, la « refondation » intellectuelle est en place, elle va pouvoir diffuser largement.

Les think tanks essaiment. Il leur faut de l’argent, le patronat le fournit à profusion, ils investissent les universités aux USA et la mode en France est « l’entreprise à l’Ecole ». Voir le jeu des Masters de l’Education, du CIC, jeu boursier soutenu par LANG, Ministre.
« Le monde des affaires doit cesser de subventionner sans réfléchir les collèges et les universités dont les départements d’économie, de science politique et d’histoire sont hostiles au capitalisme ; il faut également cesser d’investir dans les médias qui servent de relais aux opinions anticapitalistes, et reporter ces investissements vers les médias favorables à la libre entreprise ». Fondation OLIN (USA) 1998, le président.

La presse va effectivement dans tout l’occident appuyer le projet néolibéral, et ses livres de propagande : voir le best seller en plusieurs langues de Francis FUKUYAMA : « La fin de l’Histoire ». (c’est à dire la fin des syndicats, la reprise en main des pays par les financiers).

Noam CHOMSKY, USA, résume : « Les think tanks de droite ne sont qu’un épiphénomène de l’offensive des milieux d’affaires pour s’emparer du système politique ».
Aux USA, en 1994, les républicains, devenus champions du libéralisme, balaient les démocrates, des fleuves d’argent qui sont les investissements politiques du patronat inondent les partis ralliés à leur cause. En effet, c’est ici l’argent qui fait l’élection, le patronat finançant ceux qui lui rapporteront le plus. Les mécènes sont placés en bonne place pouvoir être élus :

La plupart des membres du congrès ne représentent pas des Etats ou des électeurs, mais des sociétés anonymes. Financer un think tank est une garantie de résultat : les Américains qui assurent l’essentiel des financements électoraux ne représentent que 0,1% de la population, mais leur accès aux décideurs administratifs et parlementaires est garanti.

Les journalistes et reporters, autrefois nombreux étaient membres des classes à revenus modestes. Aujourd’hui c’est un petit nombre, capté par la jet set qui passe et repasse dans l’information, et il sait qu’il restera la vedette s’il ne trahit pas les privilégiés qui l’ont enrichi.

La presse économique traitait de l’économique et du social. De tous ceux qui travaillent aux côtés des dirigeants. Les patrons de presse ont cessé d’engager des diplômés en sciences humaines, pour laisser le champ libre aux financiers et comptables engagés pour faire les analyses. A la fin des années 60, Paul FABRA lance un supplément économique au Monde qui va être remplacé en 1985 par Le Monde des Affaires, puis par Le Monde Argent.

En 1989, REAGAN au moment de quitter le pouvoir est heureux : « Nous voulions changer une nation et nous avons changé le monde ».

Aujourd’hui, l’Internationale des Maîtres fait de la planète son paradis fermé. Les USA ont imposé leur langue, leurs intérêts commerciaux, leur droit, leur monnaie et leurs règles monétaires, leurs choix fiscaux. Ils ont converti les élites économiques, administratives et politiques à un capitalisme déréglementé.

En 2002, le revenu des 1% les plus riches de la planète dépasse déjà celui cumulé des 57 % les plus pauvres.

A la base de cette victoire il y a eu la société du Mont Pèlerin d’HAYEK réunie pour la première fois en avril 1947. Anticommuniste, elle utilisera les fautes staliniennes pour diffuser dans l’opinion l’idée d’une renaissance d’un mouvement libéral en Europe. De là ce mouvement essaimera vers les USA. HAYEK quitte Londres pour enseigner à CHICAGO à partir de 1950 et créer l’Ecole de CHICAGO, libérale.

Maurice ALLAIS propose d’enlever aux Etats toute puissance industrielle (EDF, Air France..)
. Le Plan MARSHALL a contraint l’Europe à s’organiser pour un projet européen que les think tanks justifient auprès des opinions publiques comme préventif d’une nouvelle guerre. Le plus puissant des think tanks, la société du Mont Pèlerin, a pour premier objectif de combattre « le virus du socialisme et du planisme ». Ses membres vont être placés auprès des dirigeants politiques pour les orienter. Voir RÖPKE et ERHARD auprès d’ADENAUER en Allemagne. Luigi Einaudi sera président de la République italienne, Jacques Rueff sera le conseiller monétaire de De Gaulle. 1/3 des conseillers économiques de REAGAN viennent du Mont Pèlerin. STOKHOLM affiche ses préférences en matière de prix NOBEL décernés avec des orientations politiques libérales : FRIEDMAN (1976), STIGLER(1982), DEBREU(1983), BUCHANAN(1986), ALLAIS (1988), COASE(1991), BECKER (1992), FOGEL(1993) sont les meilleurs économistes parce qu’ils sont ultra libéraux. Avec ce sacrement libéral, ils parcourent le monde et les universités, ils vendant leurs ouvrages de propagande, les grands médias de la presse et de la télévision leur sont acquis.

Bilderberg, la commission trilatérale
sont des relais comme le FMI, la Banque mondiale, l’OMC. Peu fiables en matière de résultats lorsqu’on suit leurs consignes, ils ont paradoxalement une grande influence. La Thaïlande, la Corée, l’Indonésie, la Russie, l’Argentine, n’ont amélioré leur économie qu’après s’être débarrassés du carcan du FMI. Tant qu’ils ont suivi ses recommandations, ils ont assisté à la paupérisation de leur population. Le PIB russe avait plongé de 30%. Il est vrai que le nombre de pauvres ne fait pas partie des indicateurs de ces instances.

L’OCDE est le chef de chantier de la démolition sociale
(HALIMI). Voir le cahier numéro 13 du centre de développement de l'OCDE, intégralement publié sur ce site, sous le titre Machiavélisme, chapitre services publics).

Les Banques Centrales désormais indépendantes surveillent l’inflation et jouent avec le nombre de chômeurs : il en faut un nombre optimum pour que les salariés se taisent.

. « L’OCDE continue à préconiser, en conformité avec les thèses néolibérales, une suppression du salaire minimum, la réduction de la durée de prise en charge du chômage, l’accroissement de l’éventail des salaires, la décentralisation des négociations collectives, .. »(CHAVRANSKI, conseiller économique auprès de l’OCDE).

Les médias, les USA, l’encouragent, en la qualifiant d’ « architecte de l’économie mondiale ». Les pays occidentaux confient de 1995 à 1998 à l’OCDE la charge d’enfanter l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI). La France (paradoxe, l’OCDE siège à PARIS) bloquera l’AMI.

L’AMI
reprenait les dispositions de l’Accord de libre-échange Nord américain de 1994 (ALENA) : Avec ALENA, THYL CORPORATION a obtenu 13 milliards de dollars d’OTAWA qui s’était permis de proscrire un additif de carburant soupçonné d’endommager les pots catalytiques et le Mexique a payé 16,7 millions de dollars à une entreprise de traitement des déchets qui prenait des risques avec la qualité de l’eau par ses rejets.

Pour soutenir l’indéfendable, l’OCDE multiplie les études, les prévisions qui s’avèrent calamiteuses, erronées
. Elle utilise des statistiques d’Etats ne pouvant pas être comparées entre elles (cf le nombre de chômeurs aux USA ou au Royaume Uni (un oubli par l’OCDE de 2 millions de chômeurs sur des statistiques 1994) et en France.). Des programmes de gouvernement sont ainsi lancés sur ces fausses bases. Le credo de l’OCDE (et de BARRE qui fit doubler le nombre de chômeurs le temps de son séjour à Matignon), est que le travail coûte trop cher. MINC reprit la formulation de Denis OLIVENNES (fondation St SIMON) de la préférence française pour le chômage dans son rapport « La France de l’an 2000). Etabli dans une commission MINC où siégeaient D Balmary, C Bébéar, JL Beffa, J Boissonnat, M Bon, Isabelle BOUILLOT, P Champsaur, M Debatisse, J Pdelevoye, B Esambert, L Ferry, JP Fitoussi, J B de Foucault, B Fragonnard, J Freyssinet, F Grappotte, P Guille,n JP Landau, B Landrieu, R Lenoir, Y Lichtemberger, B Lobry, G Maarek, F mer, E Morin, C Noyer, M Pebereau, L Perpère, R Rémond, P Rosanvallon, R olande Ruellan, L Sweitzer, R Soubie, M Talyn M Touraine.

La part salariale dans le PIB a bien plongé de plus de 10%…et le chômage a augmenté en même temps !

L’OCDE relaie une idéologie fausse,et l’ennui, c’est que par sa composition, elle a un caractère public qui peut la rendre crédible.

Depuis 1985, l’OCDE exige que les Etats fassent des économies, mais elle double son budget, tout en gardant une comptabilité opaque.
De décembre 1995 à mai 1996 (6 mois) elle a divisé par 5 ses prévisions de croissance pour l’Allemagne pour l’année 96 !

L’OCDE se plaint que le contribuable soit trop imposé, pourquoi celui ci continuerait - il à financer ses bêtises ?

20 novembre 2000, l’OCDE déclare que le pouvoir d’achat des salariés a diminué au troisième trimestre, et le 21 novembre, le lendemain, elle craint une poussée des salaires en France. Son travail est de toute façon déjà fait et relayé par le patronat et ses think tanks dont elle n’est que le perroquet. Ses rapports pseudo scientifiques défient le bon sens et la ridiculisent aux yeux d’un étudiant débutant en économie. Elle ne fait que de la propagande, en synergie avec les prétendus experts de DAVOS. Ceux là élaborent des questionnaires sur les politiques économiques et leurs résultats en s’appuyant sur leurs membres assidus banquiers et patrons de holdings. Les critères de classement ne sont pas les résultats à l’exportation, la proportion de pauvres, mais la flexibilité de l’emploi et la multiplication du travail temporaire, la facilité à licencier, à restructurer, la réduction des entreprises publiques, la libéralisation financière, la modération sensible des salaires, l’ouverture à la concurrence, l’accentuation de la dispersion des salaires, la baisse des aides au chômage.

Les faux savants de l’OCDE prêchent la modération salariale, mais la leur se situe au-dessus du marché, ils échappent en France à l’impôt sur le revenu, ils critiquent la sécurité de l’emploi mais le leur est bétonné, ils critiquent les dépenses pour les retraites, les leurs sont dorées. Il est urgent de supprimer l’OCDE, coûteuse, inefficace, menteuse, dangereuse.


Le résultat de cette propagande est que l’arithmétique, la statistique prétendent dans une loi du marché tout régenter, la sociologie, l’histoire, les élections, la psychologie, la médecine.

Richard EPSTEIN de l’université de CHICAGO a une solution pour supprimer les listes d’attente d’un organe pour une greffe : l’offre doit rejoindre la demande, il faut instaurer un marché des organes, il y aura toujours quelqu’un qui aura besoin de vendre l’un de ses yeux ou l’un de ses reins. On imagine la petite annonce : « riche acquéreur indispensable à la société libérale achète à miséreux moins utile mais en bonne santé… »

Cette évolution des esprits a été d’autant plus facile que la peur du socialisme a disparu avec l’effondrement de l’URSS. Un dissident soviétique très connu, Alexandre ZINOVIEV, fait un constat paradoxal : « La fin du communisme a aussi marqué la fin de la démocratie. Notre époque n’est pas que post-communiste, elle est aussi post-démocratique. Nous assistons aujourd’hui à l’instauration du totalitarisme démocratique ou, si vous préférez, à la démocratie totalitaire. »

Voilà un mot capital : la démocratie ne vaut pas notre REPUBLIQUE qui se trouve donc en danger.

Tout ce qui est solidaire, coopératif, collectif (biens publics), toute intervention régulatrice de l’Etat, toute planification économique, toute action collective (les syndicats) sont assimilés au communisme. Guy SORMAN (The Wall Street Journal, Le Figaro note en 2003 que la France est « la dernière république soviétique », et à la suite d’une grève victorieuse dans la fonction publique française, que « les soviets l’ont emporté ».

Pourtant, en France, dès les années 80, les élites, la presse, sont totalement ralliées à REAGAN et au libéralisme. Plus de la moitié des 3000 étudiants qui décrochent chaque année aux Etats Unis des diplômes de 3 ème cycle en économie viennent des pays étrangers. 2/3 des auteurs des 15 principales revues économiques mondiales sont américains. ¾ d’entre eux sont titulaires d’un doctorat d’économie obtenu aux Etats Unis. Les étudiants étrangers, issus de familles bourgeoises et instruites ont en général pour projet de revenir dans leurs pays où ils occuperont des emplois de haut niveau dans la fonction publique, dans l’univers des affaires et dans l’université.
Les élites se mettent au service du libéralisme : des inspecteurs des Finances se sont employés à privatiser, avant de prendre la tête, eux-mêmes de ces entreprises, puis de revenir Ministres en charge de l’Economie : Presque en même temps, MER (ARCELOR), O’NEILL(ALCOA), RUBIN (Goldman SACHS).

Cette hégémonie américaine est soutenue par la puissance militaire qui frappe ceux qui pourraient menacer son système de mondialisation.

En 2000, Denis KESSLER estime que « l’Europe est une machine à réformer la France malgré elle »
. Et Giscard d’Estaing peut affirmer : « L’Europe de MAASTRICHT, c’est la nôtre. C’est une Europe libérale fondée sur nos idées politiques et économiques » (TF1, 4 juin 1992). Et Alain TOURAINE : « En France le mot libéralisme était imprononçable, alors on en a trouvé un autre, Europe ». (Cultures en mouvement n°17, MAI 99.) Les rapporteurs réunis autour de MINC, rapport du Plan sur la France de l’an 2000 admettent que la monnaie unique constitue « un forceps pour réformer la société française » et qu’il est préférable « de parvenir au compromis démocratique en court-circuitant intelligemment les corps intermédiaires ».

Bernard CASSEN rappelle dans le Monde diplomatique de juillet 2003 que « 60% des décisions législatives nationales ne sont que du droit communautaire dérivé ».

Une force du libéralisme est d’avoir ringardisé les acquis du passé. Le passé devient « frein qu’il faut débloquer », il faut réformer, moderniser, refaire à neuf, « nous visons la fin d’un cycle », « rien n’est possible comme avant ». Ce vocabulaire est adopté par le Labour, les socialistes, comme par les partis autrefois dits conservateurs, à droite. En mai 84, Gary HART, qui comme CLINTON fait partie des nouveaux démocrates, veut rompre le lien avec le monde du travail, pour « tendre les bras vers l’avenir », c’est à dire aux classes moyennes supérieures qui ont les pouvoirs politiques, économiques et culturels.

« Pour Gary HART, si vous vous battez pour l’égalité, vous défendez des intérêts corporatifs ; si vous cédez à la pression du lobby des médecins, vous défendez une idée nouvelle ; Si un ouvrier lutte pour un meilleur salaire, il est âpre au gain ; si vous augmentez les impôts des plus pauvres pour donner davantage aux patrons les plus riches, vous comprenez les nouvelles technologies » (Walter MONDALE, mars 84.)

Gary HART invente le concept du progressisme antisyndical. Pierre MAUROY dénonce la même nouvelle mode en France : 2 septembre 1986, Le Monde : « Ne nous laissons pas impressionner par les miroirs truqués qui nous sont tendus. Lorsqu’on s’affirme et que l’on défend les positions de la gauche, on se fait traiter d’archaïque. Si, au contraire, on se laisse aller aux modes du temps, au conformisme du moment, on est moderne. Si on prend l’air de dire de grandes choses sans avancer une seule idée, on est médiatique.» La métamorphose se produit cependant : « L’histoire retiendra que celui qui milita dans le premier gouvernement de François MITTERAND pour la nationalisation de toutes les banques du pays en 1981, et le Ministre qui met sur le marché la dernière d’entre elles vingt ans plus tard sont une seule et même personne, Laurent FABIUS » (Giret et Pellegrin, 20 ans de pouvoir, 2001).

Milton et Rose FRIEDMAN écrivent, triomphants en 1990 : « Il y a dix ans, beaucoup de gens croyaient que le socialisme était un système viable, et même plus prometteur que les autres pour garantir la prospérité matérielle et la liberté humaine. Rares sont ceux qui croient encore cela. Il y a dix ans, beaucoup de gens étaient convaincus que le capitalisme, basé sur les marchés privés libres, représentait un système profondément déficient, incapable d’assurer la prospérité et la liberté humaine. Aujourd’hui, l’opinion la plus courante est que le capitalisme constitue au contraire le seul système permettant d’atteindre ce double objectif ». L’Académicien Jean-Denis BREDIN, le 31 août 1991 (Le Monde), lie cette dérive à l’effondrement du monde communiste. « Est il permis d’avancer que tantôt dérangeant, tantôt épaulant le reste de la gauche, le communisme français, étrange gardien d’un catéchisme universel, porteur d’une terrible légitimité, a aidé le socialisme français à tenir son cap, que sans lui le Front populaire n’eût pas été un front populaire, que l’Union de la Gauche n’eût sans doute été qu’une Union des Centres, ou un rêve, et que beaucoup de lois sociales seraient encore attendues ? Est-il possible d’avancer que tous ces entêtés, ces sectaires, ces grévistes infatigables, ces envahisseurs de nos usines et de nos rues qui fichaient le désordre, ces obstinés qui ne cessaient de réclamer des réformes en rêvant de la Révolution, ces marxistes, à contre courant de l’Histoire, qui empêchèrent le capitalisme de bien dormir, nous leur devons beaucoup ? »

La classe ouvrière a été cassée à la fois par le chômage, les nouvelles techniques d’individualisation du travail(primes, cercles de qualité), la marginalisation des salariés qualifiés, par des institutions scolaires et médiatiques dévalorisant la culture ouvrière. Les privatisations d’entreprises qui avaient un syndicalisme fort permettent de supprimer ces forces, et de faciliter les ajustements suivants.

Mieux encore, on rallie des syndicats à l’idée de la nécessité de réformer. La CFDT casse les conflits, fait capoter des grèves : « L’habitude a été prise, rappellent ses anciens responsables, d’intervenir dans le cours des conflits pour siffler la fin de la récréation » : conflit 1986 des cheminots, 1989 des Finances, 1993 d’Air France, 1995 de la SNCF, 2003 où le jour d’une énorme manifestation de défense des retraites la CFDT trouve acceptable le compromis Raffarin et casse l’unité syndicale. Dès 1983, plusieurs dizaines de militants de la CFDT furent en bonne place dans le gouvernement socialiste et poussèrent au libéralisme. Nicole NOTAT affirme au congrès CFDT de LILLE en décembre 1988 que « la mondialisation est une opportunité de croissance supplémentaire et d’emplois. »

En France le parti socialiste comptait 16% d’employés et d’ouvriers ( ils représentaient encore 56,4% de la population en 2002), 23 % de professeurs et d’instituteurs, 45 % de cadres supérieurs et de professions intermédiaires. Le divorce était prononcé. En 1988 le candidat socialiste avait au premier tour obtenu 41% des suffrages des ouvriers et 39 % des suffrages des employés. En 2002 il obtient 13 % des voix de ces deux catégories.

Cela l’a mené à sa perte constatée en ces années 2008 / 2009.

Le social libéralisme a sa fondation, créée en 2002, « Saint SIMON », un espace de pensée réformatrice. MINC y travaillera. Dès 1982 les socialistes désindexent les salaires des prix, le « don » DELORS au patronat d’après Alain COTTA. Il s’agit de milliards d’euros.

En septembre 2000, quand la droite n’a plus le contrôle de l’exécutif ni aux USA ni dans aucun grand pays européen à l’exception de l’Espagne, le wall street journal ne s’affole pas : « REAGAN et THATCHER ont transformé le visage du conservatisme avec tant de succès que les partis de gauche, le New Labour en particulier, ont trouvé qu’il était plus expédient pour eux de se rallier à ses principes. On peut même avancer qu’ils ont en mieux retenu les leçons que la droite traditionnelle ».

Les médias vont convaincre facilement l’opinion qu’il n’y a rien d’autre à faire, la mondialisation ne peut pas avoir une autre figure, et la conséquence sera la désaffection syndicale : A bas les syndicats, et vivent les stars médiatiques de la nouvelle religion, vivent les médias qui pensent et choisissent pour nous l’information qui nous intéresse. Aux élections, le candidat des syndicats mobilise les médias contre lui. La gauche de gouvernement perçoit désormais le monde ouvrier comme un repaire conservateur d’intérêts catégoriels.

Les médias se chargent de les défigurer : Aux USA, Samuel GOMPERS, une grande voix du syndicalisme ouvrier, avait répondu à la question « Que voulez-vous » ? – « Davantage d’écoles et moins de prisons, davantage de savoir et moins de vice, davantage de loisirs et moins de cupidité, davantage de justice et moins de vengeance ».
Les médias choisirent de diffuser, de répéter, de ressasser cet extrait de sa réponse : « Davantage ». Voir en France F de CLOSETS, Toujours plus. Les journalistes ne sont plus les mêmes, autrefois ils cassaient la croûte dans les bistrots, aujourd’hui ils dînent avec les industriels. Et cela change leur discours.

Ils soutiennent les réformes favorables au libéralisme. Ces réformes sont facilitées du fait que les gouvernements les mènent par petites touches et sans publicité, ayant fait leur les philosophies libérales portées par leurs conseillers infiltrés là au bon moment. De petites réformes en préparent de plus grandes. Les réformes avancent par ricochet ; un groupe touché, il ne peut plus combattre, et devient partisan dans l’opinion de la réforme des autres groupes (cf sécu et retraites en FR). La spirale s’auto entretient par la mise en concurrence généralisée. L’Economie flanche ? C’est qu’on ne libéralise pas assez vite et assez fort disent les bons apôtres.

Pascal SALIN, qui a dirigé la Société du Mont Pèlerin : « Parler de réformer le capitalisme est absurde. On réforme la constitution, pas le capitalisme. Le capitalisme n’est pas une institution, c’est un système spontané d’autorégulation entre les êtres humains ».

Ce qui n’est plus toléré, ce sont les infractions mineures. Avant son élection, Tony BLAIR annonce qu’il sera intraitable avec les SDF qui se permettent de traîner sur la voie publique. On retrouve cela en France avec la doctrine « Tolérance zéro » (pour les petites infractions ).
La fracture sociale s’est creusée en France : En 2003 le revenu médian des Français se situait à 1330 euros par mois. En haut de l’échelle ;, 10 % des foyers français gagnaient plus de 3530 euros par mois. Les ménages à haut revenu(1% de la population) affichaient un revenu disponible de 8883 euros. Et 32000 ménages (0,1% des foyers fiscaux) gagnaient plus de 25380 euros par mois
Claude Barratier, lecture et extraits de « Le grand bond en arrière » par Serge HALIMI , Fayard, avril 2004.
Note: Aucune note
Ecrit par: tavardon, Le: 24/08/09