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Femmes, l'oppression islamiste en Tunisie

Caroline Fourest
Amina dévoile l'injustice
Publication: 05/07/2013
Elle a été digne et droite, comme nous la connaissons. Amaigrie par la fatigue. Après 43 jours passés dans une cellule bondée, avec plus de cinquante autres détenues, où la chaleur devient insupportable. Par la grève de la faim, qu'elle a mené quelques jours, pour protester contre les conditions dans lesquelles elle est incarcérée...

Officiellement. Pour avoir tagué le mot FEMEN sur un muret. Un motif absurde, dérisoire et qui ne justifie bien entendu absolument pas un tel traitement, sauf dans une dictature. A quoi joue donc la justice tunisienne ? A un procès très politique en réalité. Où le délit d'opinion est déguisé en droit commun. Comme pour certains rappeurs, bizarrement tous ciblés par des contrôles au cannabis quand ils se mettent à écrire des textes politiques. Comme Jabeur Mejri et Ghazi Beji, condamnés -- pour avoir écrit un pamphlet prônant l'athéisme sur Internet -- à sept ans de prison ferme pour "trouble à l'ordre public". Qu'ont ils fait ? Attaquer une ambassade ? Un cinéma ? Menacer de mort une jeune fille ? Menacer de tuer un opposant au gouvernement ? Ah non pardon, ça ce sont les intégristes qui courent les rues en toute liberté.
Ceux qui menacent d'égorger Amina et ne sont pas inquiétés. Ceux qui passent à l'acte, à l'attaque, et n'écopent que de peines de sursis... Amina n'a jamais été protégée par la police de son pays lorsque les menaces ont plu sur elle pour avoir posté une photo torse nue contre le sexisme sur Facebook. Par contre, on la persécute pour détention d'un "spray d'auto-défense" (l'objet de son procès d'hier). Quel monde à l'envers... Et ce n'est qu'une infime partie des charges qui pèsent sur elle. Elle risque de six à douze ans de prison pour "atteinte aux bonnes mœurs" et "association de malfaiteurs".

Le premier motif est tombé puisqu'il repose sur trois témoins qui ont menti, en prétendant qu'Amina s'était dénudée, et qui se sont depuis rétractés. Le second, utilisé par Ben Ali pour maintenir les islamistes ou les opposants démocrates en prison sans date de procès, signe ce procès politique et l'absence d'un Etat de droit en Tunisie, même après la révolution. Les méthodes sont les mêmes. Seules les cibles ont changé. Voilà pourquoi Amina est devenu un symbole aujourd'hui, de tout ce qui continue d'y ronger la démocratie. Voilà pourquoi son geste commence enfin à être compris.
Son père l'a dit : "Elle ne s'est pas dénudée, elle a mis à nu" la Tunisie d'aujourd'hui. Quand elle a été arrêtée, elle voulait déployer une banderole : "La Tunisie est un état civil et ses femmes sont libres". Son idée, comme celle d'aller à Kairouan, celle que personne ne lui a mise en tête, qu'elle a dure et bien faite. Finalement, d'instinct, elle a décidé de résumer ce slogan par quelques lettres qui font visiblement trembler la ministre de droits des femmes et ceux que le corps des femmes libres paniquent : FEMEN. Voilà son crime, voilà son arme. Pour défier 40 000 salafistes qui menaçaient de se réunir en toute illégalité... Et c'est elle qu'on a enfermée. Elle dont on veut faire baisser la tête et même la voiler de force, comme à chaque étape de son procès. Dans ce sefseri traditionnel, qui n'est pas obligatoire, et que l'on mettait jadis pour dissimuler les prostituées désirant cacher leur visage.
Amina n'est pas une prostituée. Mais une femme, libre, qui se bat contre la soumission des corps et combat avec d'autres activistes dans un mouvement, FEMEN, né en réaction au développement de la prostitution en Ukraine. Des jeunes femmes, déçues par la Révolution démocratique Orange, comme Amina et d'autres jeunes Tunisiens sont déçus par la Révolution du printemps démocratique. Ces jeunes ont transformé leurs pages facebook et leurs corps en bannières politique. Parce que c'est tout ce qu'ils leur reste. Et nous montrent l'exemple. Celui du courage.
Dès qu'elle a eu les mains libres, comme hier à l'audience d'appel de son procès pour détention d'un "spray d'auto-défense", Amina a jeté son sefseri par terre avec rage. Pour comparaitre libre et digne, cheveux à l'air, tête droite, et même le poing levé à l'intention de ses camarades de lutte. Un comité de soutien venu avec des T-Shirt à son effigie. Et qui a crié quand un policier a profité qu'elle ait les menottes pour la revoiler de force : "enlevez-lui ce sefseri" ! Le père d'Amina a crié : " AMINA la Tunisie est avec toi".
Et c'est vrai, plus vrai que certains journalistes et ambassadeurs européens ne le pensent. A force de croire que les islamistes représentent l'ensemble des citoyens du monde arabe, ils finissent par être surpris par l'ampleur des manifestations en Egypte contre les Frères musulmans. Pourtant, le goût de la liberté n'est pas réservé à un coin du monde. Il habite les tripes de chaque être humain. Et il bat en Tunisie. Au cœur de ce pays si avancée, et qui ne peut continuer à enfermer Amina sans s'enfermer lui même. "Comment l'admettre dans le pays qui a justement permis l'émancipation de la femme" a déclaré François Hollande. Une pétition initié par des personnalités européennes et tunisiennes, ayant réuni plus de 23 000 signatures, lui a demandé de prononcer des paroles fortes, exigeant la libération des FEMEN, lors de son voyage en Tunisie.
Il doit recevoir aujourd'hui, ainsi que la ministre des droits des femmes française, Najat Vallaud-Belkacem, les membres du comité de soutien d'Amina.
C'est un beau geste, qui n'a rien du passé. Bien au contraire, il augure des relations nouvelles entre la France et la Tunisie. Où l'on ne tait plus les violations des libertés sous prétexte de "stabilité". Mais où l'on se parle franchement de nos rêves communs et universels : l'aspiration à la liberté, qui passe toujours par le droit à la liberté d'expression et de conscience.

tavardon Le: 08/06/13