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Laïcité grignotée jusqu'à l'explosion incontrôlable?

"Pas de vague" aujourd’hui, tsunami demain
par Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République - 3 juillet 2013
En quelques mois, chaud et froid ont soufflé sur la laïcité. Le Président de la République et le Premier ministre ont tenu leur engagement et installé l’Observatoire de la Laïcité. François Hollande lui a, entre autre, donné mandat de formuler des propositions, après la décision de la Cour de cassation sur la crèche BabyLoup. “Je pense que la loi doit intervenir” a-t-il précisé par ailleurs.

Au-delà de ce cas précis, de la situation très éprouvante de sa directrice Natalia Baléato et de ses collaborateurs à qui nous souhaitons rendre un hommage pour leur courage et leur sang-froid, alors qu’ils sont quotidiennement l’objet de menaces, c’est la situation de la petite enfance qui se trouve en question. Faut-il appliquer aux structures accueillant les jeunes enfants et bénéficiant de subventions publiques, les mêmes principes que ceux qui prévalent à l’école publique comme le Comité Laïcité République le réclame ? Faut-il cantonner la laïcité au seul secteur public ou bien donner les moyens aux universités et aux entreprises privées d’adopter des règlements garantissant le respect des principes laïques sur les lieux de travail, et en premier lieu l’égalité entre hommes et femmes ? La mission laïcité du Haut Conseil à l’Intégration avait formulé des propositions équilibrées. Le Comité Laïcité République les a défendues et souhaite qu’elles inspirent une évolution de la législation.
D’autres chantiers sont toujours en stand-by. C’est le cas du droit à mourir dans la dignité en faveur duquel le candidat Hollande s’est engagé et que soutient une très large majorité de Français. C’est celui de l’abrogation de dispositions de la loi Carle qui parachève la loi Debré en élevant le financement public des écoles privées à parité avec les écoles publiques. C’est aussi celui du Concordat pour lequel le Collectif des associations laïques a proposé une sortie progressive et concertée du statut dérogatoire, sans remettre en question le contrat local dont bénéficient les habitants d’Alsace et de Moselle. Et dans le court terme, en urgence, c’est l’abrogation en terre concordataire de l’enseignement obligatoire religieux à l’école publique et du délit de blasphème que l’Europe vient de supprimer.
Le gouvernement a été échaudé par le mouvement ultra-conservateur contre le mariage pour tous et son instrumentalisation réactionnaire par l’extrême-droite et les mouvements catholiques néo-intégristes. Mais aussi par la très forte mobilisation de l’Eglise qui s’est sentie pousser des ailes comme à l’époque où elle contestait la République et plaçait ses dogmes au-dessus des lois. Le gouvernement a tenu bon.
Mais un cap a été franchi ces derniers mois. Une culture de contre-réforme, un parfum de néo-pétainisme, un peu raciste, un peu antisémite, un peu anti-homo, un peu anti-franc-maçon, une idéologie réactive et réactionnaire s’est extirpée d’un interdit moral historique.
Sans jouer à se faire peur, il convient de prendre au sérieux les symptômes qui nous sont adressés et opposer à la montée des identitarismes le rassemblement de tous les citoyens, sans distinction, dans la Fraternité républicaine. Tel est aussi l’enjeu de la laïcité, ici et maintenant.
Pour autant, certains semblent n’avoir pas pris la mesure des dangers que porte le retour du religieux en politique. Ils pourraient être tentés de conseiller la politique du "surtout pas de vagues" à laquelle il convient d’opposer le principe de Pierre Mendès France, "Gouverner, c’est choisir". Croyant composer avec la diversité, ils ne feraient qu’affaiblir l’outil du vivre ensemble, alors que la déchirure sociale et culturelle menace la paix sociale.
Faut-il encore que le diagnostic de la montée des dangers soit partagé. Ce n’est pas le cas. Disons-le, les différences d’appréciation sont énormes. Il suffit pourtant d’ouvrir les yeux et les oreilles, de visiter les écoles, les crèches, les hôpitaux, les entreprises, les cités, d’écouter les chercheurs scientifiques, pour constater que la France a des problèmes avec la laïcité. Et ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fera baisser la fièvre !
Il y a ceux pour qui ces questions n’existent pas, ceux pour qui elles ne sont pas politiquement correctes, ceux qui se félicitent de l’éparpillement de la Nation en communautés ethniques, religieuses, régionales. La réalité, c’est qu’il n’y a pas de bon communautarisme dès lors qu’ils combattent la loi commune et l’universalisme des principes républicains, au premier rang desquels la liberté de conscience, d’avoir une religion ou de n’en avoir aucune, de les critiquer, d’en changer.
Dès lors qu’ils contestent l’égalité et des droits et des devoirs, en tout premier lieu l’égalité non négociable entre femmes et hommes, les communautarismes fragilisent le pacte républicain. Ils sont un des carburants du Front National. Les élections partielles témoignent du malaise grandissant qui gagne aussi une partie de l’électorat de gauche. Faut-il masquer cette inquiétante évolution ou bien oser interroger la réalité qui monte ?
Dénoncer le communautarisme, ce n’est pas céder au racisme, contrairement à ce que supputent les dogmatiques du différencialisme, mais se donner les moyens de le combattre avec la plus extrême fermeté. Ce n’est pas donner des gages au Front National, c’est le combattre avec la plus extrême détermination. C’est prendre le parti de l’universalisme face au populisme des tribus. Ceux qui s’en sont pris à Caroline Fourest et tout récemment à Elisabeth Badinter en les traitant de racistes ou d’islamophobes méritent le prix de la crétinerie et de l’irresponsabilité politique. Ils se trompent d’adversaires. Un peu comme ces pacifistes des années 1930 qui, croyant s’épargner la guerre, ont fini à Vichy !
Aussi, le moment est-il venu de lever les confusions. Pendant longtemps une partie de la gauche a développé un discours de déni sur la sécurité ! Tandis que l’extrême droite et une partie de la droite en faisaient leur fond de commerce. Allons nous rééditer cela avec la laïcité ? Non, la laïcité n’est pas stigmatisations et interdits ! Elle est éthique du vivre ensemble dans la dignité, le respect, la liberté et l’égalité, le droit commun. Elle n’oppose pas les différences qui naturellement s’en retourneraient à l’affrontement entre ghettos, elle les dépasse dans une Fraternité de l’universel.
Une fraternité de tous les instants dont le pays connaît un si intense besoin. Qu’il soit indispensable de se faire pédagogue pour l’expliquer, pour convaincre qu’elle n’est tournée contre personne, est une ardente nécessité. A condition de ne pas laisser, en cours de route, le message se diluer dans le relativisme et l’impuissance.
Dans ce contexte, le Comité Laïcité République a réaffirmé récemment sa confiance dans les engagements du Président de la République de défendre et de promouvoir la laïcité. Il convient de laisser du temps au temps. Tout en sachant qu’à trop attendre, l’impression d’un renoncement risquerait de s’installer alors que le pays profond attend de s’impliquer dans un projet collectif de justice et de Fraternité. Un projet plaçant la laïcité au coeur de la République, comme l’a souhaité François Hollande. Et que scrutent celles et ceux qui, de l’autre coté de la Méditerranée notamment, se battent pour ces mêmes principes. Des femmes et des hommes courageux auxquels nous adressons un message de solidarité et d’amitié.
Pas de vagues, c’est bien. Cela permet de gérer les évolutions nécessaires dans la sérenité et le dialogue. Mais, soyons vigilants, cela n’a jamais arrêté la montée d’un tsunami.
PatrickKessel
président du Comité Laïcité République

tavardon Le: 08/06/13