Retraités dans la République

AccueilForumArticlesGalerieTéléchargements
Visiteurs: 289894
Aujourd'hui: 73
Se connecter



S'inscrire

Image aléatoire
Mini sondage
Le Site Retraités dans la République est ?












Résultats



En ligne
1 Visiteur, 0 Membre, 0 Modérateur, 0 Administrateur En ligne.

Total: 1
Newsletter


Voir les Archives


Rss

Laïcité: Vivrons nous ensemble dans 10 ans?

Vivrons-nous encore ensemble…. dans dix ans ?
M. Urvoy, journaliste de "Ouest-France" relatait, le 19 juillet 2013, un entretien que le Président de la République, quelques jours auparavant, lui avait accordé avec d’autres confrères. Il avait retenu cette interrogation du Président, empreinte apparemment d'une inquiétude peut-être désabusée : "Est-ce que, dans dix ans, on sera capable d'être encore ensemble?"

Monsieur le Président, nous savons, comme vous, qu'au train où vont les choses, la réponse est non.
Notre pays se « libanise », Monsieur le Président…
Nous en savons, comme vous, les raisons...Voilà cinquante ans que nous ne cessons de crier "danger"..Mais il n'est pire sourds...

Inlassablement il faut le redire.


De l'unité de la République à la dérive communautariste
______________________

Il est une évidence que l'histoire répète au fil des siècles. L'organisation de la société, vers la démocratie ou vers la dictature, vers le progrès ou vers le conservatisme, a toujours été liée à celle de l'enseignement de la jeunesse. Nous l'avons rappelé, le Concordat de 1801 préparait le premier Empire, la loi Falloux de 1850, le second. Les lois Ferry devaient consolider la République chancelante...Elles le firent. Comment? Certes, furent soigneusement séparés future élite républicaine et futurs "travailleurs" républicains. Mais la République avait souci d'accueillir tous les enfants, de les rassembler dans une même école sans aucune distinction de rang social ou d'affinités de toutes sortes qui, elles, relevaient de l’éducation familiale. Elle avait eu, cependant, le souci de ne heurter aucune conviction en laissant aux familles la liberté de choisir un autre moyen, privé, d'enseigner leurs enfants. Il était évident que cette liberté n'entraînait de dépense que pour ceux qui voulaient en user.

Cette évidence fut sans relâche combattue par le parti clérical. Disons-le, en utilisant une expression qui fit et fait florès, elle aussi exploitée à contre-emploi : « la guerre scolaire ». Le parti clérical a mené sans relâche la guerre scolaire contre l'école républicaine. Et l’a sans cesse rallumée. Car ses appétits sont sans bornes.
Il a mené et mène cette guerre avec deux leviers:
- obtenir le maximum de privilèges pour l'organisation privée de l'enseignement dont l'Église catholique détenait jadis le monopole
- entraver autant que faire se peut le fonctionnement de l'école de la République, en lui mesurant les moyens de fonctionnement, tout en tergiversant, c'est le moins qu'on puisse dire, devant la modernisation indispensable de son organisation (1)

L’exercice de la mémoire- et, dit-on, de la pédagogie- étant la répétition, eh bien, répétons !

Des privilèges à l’habit d’arlequin
_____________________

La brèche fut ouverte par l’ « État » français » du maréchal Pétain en juillet 1940. En même temps qu’il dissolvait la République il décidait de subventionner l’enseignement privé catholique, désorganisait l’enseignement public et supprimait les écoles normales d’instituteurs.
Par des astuces, ces subventions furent maintenues, après la Libération, par la 4ème République. Elles furent renforcées, en 1951, avec les premières lois Marie et Barangé, cette « brèche par laquelle tout le reste doit passer » se réjouissait l’Église catholique. Le reste passa en effet, avec l’avènement de la Vème République, le 29 décembre 1959 : l’adoption de la loi « Debré »
Il est utile aujourd’hui de rappeler la pétition qui recueillit plus de onze millions de signatures, incontestées malgré les efforts du parti clérical… « Il est odieux de se dresser contre la loi » s’était écrié l’évêque de Poitiers. !!! Contrairement à un épisode récent où les pairs de l’église se sont dressés contre la loi, la protestation fut digne et républicaine. J’en témoigne.
Plus de onze millions, la majorité du corps électoral, un référendum grandeur nature, que le gouvernement ignora…
Que signaient les pétitionnaires ? Ils protestaient contre cette loi qui « détruit un équilibre de sagesse », qui « apportera fatalement la division ». Elle demandait, avec « l’abrogation de cette loi de division » que « l’effort scolaire de la nation soit totalement réservé au développement et à la modernisation de l’école de la Nation »
La pétition n’a pas pris une ride.
Loi de division ? On peut en dresser le bilan.
Cette loi fut pensée, écrite, adoptée, pour l’Église catholique…Mais celle-ci n’est plus seule. Observons l’évolution des composantes de l’enseignement privé au travers de documents émanant du ministère de l’Éducation Nationale.
Une question écrite du député Jean Glavany, du 22 janvier 2013,, s’appuyant sur des données établies par la sous-direction de l’enseignement privé du ministère pour l’année scolaire 2001/ 2002, souhaitait connaître leur équivalent dix ans après, à la rentrée de 2012. La réponse (JO du 4 juin 2013 p. 5879) donne les indications suivantes
Sur 7891 établissements ayant passé un contrat avec l’État et scolarisant 2 056 995 élèves à la rentrée de 2012, 96% relèvent de l’enseignement catholique soit 1 974 471 élèves.
1% sont scolarisés dans « le réseau juif »(sic) soit environ 20 570 élèves. En 2002, « plus de 30 établissements comptaient 20105 élèves » .
0,5% sont scolarisés dans « les réseaux de langue régionale » soit environ 10 300 élèves. En 2002, 88 établissements (alsacien, breton, basque, catalan, occitan) rassemblaient 6487 élèves…Augmentation de près de 60%
2% sont scolarisés dans le « réseau laïque » soit environ 41 000 élèves. Aucune indication sur ce réseau en 2002. Quelle est la nature de cet audacieux oxymore associant privé et laïque ? D’où vient-il ? Est-il seulement circonscrit aux écoles de commerce ? A-t-il un lien avec cette opération du club de l’Horloge invitant des parents, en 1980, à « créer leur propre école » conformément à leur choix politique, sur quoi on reviendra ?
Suivent deux indications chiffrées sur lesquelles il convient de s’arrêter.
La réponse ministérielle indique 5 établissements protestants sous contrat scolarisant 1700 élèves. Un esprit curieux trouvera sur internet la liste de 16 établissements évangélistes hors contrat. En attente d’un contrat ? Pourquoi ce silence du ministère ? Ces établissements sont obligatoirement répertoriés puisque tout établissement privé n’est ouvert qu’après une procédure publique
L’observation vaut pour l’enseignement musulman. La réponse ministérielle indique trois « établissements confessionnels musulmans » (sic) sous contrat scolarisant « plus de 400 élèves ». En 2002 un seul établissement était répertorié, l’école de la Medersa à La Réunion, scolarisant 132 élèves. On sait que le 2ème est le lycée-collège Averroès de Lille, figure de proue de l’enseignement musulman. Le journal « Le Monde » lui attribue 330 élèves…Et le 3ème ? Serait-ce le groupe scolaire Al Kindy de Lyon (école primaire, collège, lycée), qui déclare 432 élèves répartis en 20 classes ?… Visiblement le compte n’y est pas
Il est regrettable surtout que soit omise l’existence de 40 établissements « confessionnels musulmans » supplémentaires, qui ont été créés depuis quelques années pour la plupart ;
On peut aisément en consulter la liste sur Internet. (Ils doivent bien être répertoriés rue de Grenelle !)… On peut même y lire quantité de messages souhaitant de futures créations d’écoles musulmanes.

L’évolution est éloquente. La loi Debré fut bien, dès sa création, un encouragement à la division de la société, dès l’enfance

Division religieuse d’abord.
Le parti clérical, qui tenait sa revanche en imposant cette loi, pensait-il qu’elle ne bénéficierait qu’à la seule Église catholique ? Il aurait été bien naïf. « Apprenti sorcier !» rappelons-nous cette interpellation, prémonitoire, le 23 décembre 1959, d’un député à l’adresse du rapporteur, par ailleurs Premier Ministre (J.O. du 23/12/1959 p.3597). En finançant les établissements scolaires gérés, corsetés par tout mouvement religieux qui légalement y a droit, l’État a donné corps à ce que l’on nomme le « fait religieux ». Il l’a encouragé. En vérité, c’est une reconnaissance de ces mouvements religieux qu’il entérine. Une expression de plus en plus publique, qui n’est pas exempte d’arrogance ; une expression qu’accompagne l’inévitable compétition qu’elle génère. Les intégrismes des trois grandes religions monothéistes n’ont pas manqué de saisir cette opportunité.

Division sociale
A la ségrégation religieuse, alléguée à l’origine, s’est superposée une ségrégation sociale.
Un repère ne trompe pas, la scolarisation des enfants handicapés. Reprenons les statistiques ministérielles. En 1982, elles relèvent 11025 établissements publics spécialisés contre 129 dans le privé. S’agissant des collèges, aucun collège privé n’est répertorié jusqu’en 1980 ; 900 le sont en 1981, suite à l’admonestation ministérielle. Pour la rentrée de 2011, toujours pour les collèges, les établissements publics scolarisaient 95 800 élèves, les établissements privés… 4300 soit 4%. Mission de service public ? Non, « mission » au service d’un public...
Quoi qu’il prétende, l’enseignement privé ne s’ouvre pas indifféremment. On aime s’y retrouver entre soi, gens de bonne compagnie, à l’abri de la promiscuité populaire. C’est ce qui fait, a-t-on entendu, son attrait.
La liberté laissée aux familles d’organiser la scolarité de leurs enfants dans des établissements particuliers leur permettait, dès l’origine, cette ségrégation sociale. L’école laïque devait accueillir tous les enfants ? Il fallait donner à une certaine aristocratie la possibilité d’y échapper. Séparer l’élite de la masse, ce fut le rôle des établissements privés comme, ne l’oublions pas, des « petits lycées » de Jules Ferry. Ce bel ordonnancement fut contrarié par l’apparition du concept de démocratisation et les prémisses de son application. Le concept, on le doit à Jean Zay. Les instituteurs en avaient précédé la mise en œuvre en créant des cours complémentaires.
Tout a été dit et écrit sur cet enjeu et ses tribulations. Retenons ici l’essentiel. La démocratisation consistait concrètement à ouvrir le second degré, jusqu’à la classe de 3ème, à la totalité des élèves, donc supprimer la sélection à l’entrée en 6ème. Ce fut fait par une ordonnance du 6 janvier 1959.
Faire du collège, jusque-là réservé à l’élite, un établissement ouvert à tous, comme l’« école primaire » ? C’était intolérable ! Admettre cette obligation pour l’école primaire avait été difficile à accepter, mais le collège !!! C’est ainsi que toute velléité de réforme à ce niveau a, depuis, été vouée à l’échec (la première décision fut de supprimer les cours complémentaires qui réussissaient !). Les établissements privés étaient l’échappatoire à la démocratisation que le collège avait mission d’appliquer. Que cette démocratisation ait été saccagée dans l’enseignement public accentuait la tendance Pendant des décennies a été entretenue cette contradiction qui ouvrait le collège à l’ensemble d’une classe d’âge tout en gardant l’esprit, les programmes, les méthodes qui prévalaient pour l’élite. Maillon faible, le collège public ? Et pour cause… .
Le recours allait de soi, l’enseignement privé catholique, à l’abri de ces turpitudes et apparemment financé pour cela, ouvrait les bras à ces parents , -de droite, de gauche peu importait- dont les enfants allaient échapper ainsi au « désordre », au voisinage d’adolescents peu « recommandables ». Il faut garder à l’esprit ce rapport au Premier Ministre de M. Laurent Schwartz qu’on disait de gauche, voire de l’extrême gauche, qui conseillait les « bons » collèges, c’est à dire les 1er cycles de lycées « dans les quartiers aisés » et « souvent, des collèges de l’enseignement privé ». La suppression par M. Darcos des contraintes de la carte scolaire eut pour effet l’échappée de certaines couches sociales vers ces secteurs socialement plus « distingués ». La mesure avait ce but : encourager l’exode
La « fracture sociale « n’est pas limitée aux seules conditions matérielles dans lesquelles vivent des familles. Elle s’ajoute et touche de plein fouet l’enfance dans son premier contact avec la société. Sa scolarité est perçue comme la pire des inégalités. Allez donc vous étonner que la rancune s’exaspère au fil des années et explose à l’époque des refus, celle de l’adolescence. La conception dualiste de l’école nourrit la fracture, à laquelle s’agrège le chant de sirènes prosélytes.

Division politique
Si les partis conservateurs ont cédé volontiers aux exigences revanchardes de l’Église catholique, ils n’ont pas tardé à laisser poindre d’autres intentions.
1971. Cette année-là, la loi Debré doit être révisée ; le Parlement adopte une nouvelle loi un peu plus favorable au lobby clérical ; on la nomme « loi Pompidou ».
Écoutez le rapporteur de la loi, M. Olivier Giscard d’Estaing, qui reprend à l’Assemblée Nationale les idées qu’il vient d’exposer dans un ouvrage « Éducation et civilisation » : « Évitons de confondre enseignement privé et enseignement confessionnel ou catholique. Certes…les établissements d’enseignement privé les plus nombreux sont d’inspiration catholique. Mais d’autres établissements privés non confessionnels sont nombreux….Cette loi doit leur permettre d’exister, voire de se développer »
Avançant cette idée nouvelle que le financement de l’enseignement, au lieu de relever d’un budget national tel qu’il est construit, devrait « être résolu par l’octroi d’allocations scolaires pour chaque famille selon le nombre et l’âge des enfants » M. Giscard d’Estaing estime que l’enseignement public devrait être réduit à 50% de la population scolaire.
Privatiser l’enseignement public ! L’idée chemine. Le très élitiste Club de l’Horloge la reprend, en avril 1980, par une proposition très concrète : « Permettre aux parents de choisir l’établissement d’enseignement de leurs enfants, tant, bien sûr entre les secteurs public et privé, qu’à l’intérieur de l’enseignement public lui-même »
Il explicite sa proposition dans ses « Cahiers d’information : « Il faut, par le recours à un contrat d’association rénové et étendu à tous, restaurer une pluralité d’établissements publics et privés, encourager la libre création d’écoles par toute personne physique ou morale »
On la retrouve dans tous les programmes des partis de droite, du RPR hier, de l’UMP aujourd’hui. Ce fut la politique menée depuis 2002, intelligemment, par petites touches savamment distillées. Les manœuvres d’infanterie incombaient aux mouvements « Créer son école », « SOS éducation » initiés par ce mouvement politique, et dont la mission était de dénigrer l’enseignement public et proposer de créer des établissements scolaires sur mesure. Un des penseurs de ce mouvement ne suggérait-il pas, en 2005, de substituer à cette école laïque « moule commun alors que la société est diverse », des écoles selon les affinités professionnelles, sociales, politiques même !
Voilà donc l’habit d’arlequin que les « apprentis sorciers » aspirent à tisser et qui promettrait des jours qui déchantent.
On sait la réputation du nandou qui, paraît-il, enfonce sa tête dans le sable à l’approche du danger. Il est temps, grand temps, de sortir de la quiète torpeur du présent qui accrédite les licences et absout les manquements.

La transgression des lois

L’Église catholique vient d’en donner l’exemple le plus radical.
Elle redouta naguère la « banalisation » de ses établissements. En témoigne cette réflexion de l’évêque Mgr Cuminal fin 1970 « l’école chrétienne a actuellement tendance à se dégager de ses liens avec l’épiscopat », que confirmaient les revendications des personnels, rappelant qu’étant « nommés par l’État et payés par lui » ils demandaient, « une délimitation plus nette entre la responsabilité pastorale et la représentation professionnelle
Depuis, l’Église catholique a mis bon ordre dans sa « maison ». En méprisant
les engagements contractuels de ses établissements. Elle le fit en deux temps. D’abord, à partir de 1992, en organisant, avec l’aide du ministre de l’Éducation Nationale, une formation de ses enseignants solidement encadrée.
Elle vient de cadenasser ses établissements en rendant public, le 18 avril 2013, « le nouveau statut de l’enseignement catholique ». Le lieu n’est pas ici d’en faire l’analyse exhaustive. Retenons que l’autorité et la surveillance sourcilleuse des évêques s’expriment à tous les niveaux de la pyramide, du sommet, l’évêché, à la base, les établissements ; que l’expression insolente de ce document est un camouflet à l’égard de la puissance publique… qui ne bronche pas, et semble tendre déjà l’autre joue…
Qu’on en juge avec ces deux exemples
Dans le contrat que signent les deux parties, l’établissement qui contracte, l’État qui finance, il est dit que l’établissement doit donner l’enseignement « selon les règles et programmes de l’enseignement public » dans le « respect total de la liberté de conscience » des élèves. Que prescrit le « nouveau statut de l’enseignement catholique » ? « Le caractère ecclésial de l’école est inscrit au cœur même de son identité (art17) C’est le Christ qui est le fondement du projet éducatif (art 23) auquel « toutes les disciplines doivent collaborer »(art 21)
Le contrat prescrit que l’enseignement est confié aux enseignants « dans le respect de la liberté de conscience des maîtres » Qu’en disent les évêques ? « Tous les membres des communautés éducatives (les enseignants en font évidemment partie) se font un devoir de conscience de collaborer…à la réalisation du projet éducatif commun…(art 44)
Le chef d’établissement n’est pas nommé, il est choisi avec l’accord de l’évêque qui l’ « envoie en mission ». Sa formation est « dispensée en référence constante à la mission reçue de l’église » (art 86), formation par ailleurs financée par les fonds publics !!! Il est vrai que cette personne a un statut privé. Mais le recrutement d’un enseignant relève de sa responsabilité, passe par un accord « pré-collégial »entre eux, «la nomination d’un enseignant (supposant) toujours l’accord du chef d’établissement » (art 68)
La formation de ces enseignants doit prévoir « l’acquisition de connaissances de culture chrétienne sur l’église et sur le contenu de la foi puisque la mission éducative va s’exercer dans ce cadre » (art 86). Elle est financée par l’État !!!
Une « tutelle » sourcilleuse, sous la responsabilité des évêques, encadre l’ensemble du système.
Deux observations…Cette situation, soigneusement réfléchie, régulée par les autorités catholiques, est un pied de nez aux lois. On ne peut que rapprocher cette évidence d’autres réalités similaires. On cultive dans notre pays ce paradoxe de légiférer à foison, et d’enfreindre la loi avec autant d’appétence. Et ceux qui appellent le plus fort à la citoyenneté et à la sanction sont bien souvent ceux qui participent à la contestation, dans la rue, de la loi votée. Le Président de la République rappelait, après les incidents de Trappes en juillet 2013, que les « règles s’appliquent à tous ». L’Église catholique et l’UMP ont-elles entendu le message ?
Deuxième observation…Il est bien évident que ce que se permet l’Église catholique, en toute impunité, doit pouvoir bénéficier à toutes familles de pensée, religieuses et autres… Qu’ici, Mahomet est le fondement du projet éducatif musulman, là, Moïse, ailleurs Luther ou Calvin et pourquoi pas Blanqui chez les anarchistes, Brasillach chez d’autres, et…Conan Mériadec à l’ouest ou Roumanille, Balaguer et la « Coupo Santo » au sud ?
Cela promet de beaux jours. L’expression cumulée des égoïsmes, leur addition contradictoire, mais solidaire seulement dans le refus d’une vision collective et citoyenne, ses manifestations brutales, d’un autre âge, n’est-elle pas, pour une grande part, une conséquence du schisme organisé dans l’éducation de la jeunesse ? Plus clairement, l’exemple de la revendication bretonne, avec en toile de fond, son rejet de la Nation, n’est-il pas le produit des enseignements particuliers des écoles privées bretonnes, glorifiant la « nation » et la langue bretonnes ? Un produit financé par la contribution fiscale de tous !!….Pourquoi d’autres mouvements autonomistes ne saisiraient-ils pas une telle opportunité ?
Quel cruel paradoxe avec les efforts présents d’associer toute la Nation française au travail de mémoire que doit entraîner le centenaire de la tuerie de 1914 !



Appliquer le code de l’éducation

A l’évidence, notre société court au naufrage si rien n’arrête l’évolution pernicieuse. Comment s’y prendre ? Comment vaincre non seulement les adversaires de l’unité citoyenne mais aussi l’apathie, le renoncement de ceux qui, historiquement, ont été les artisans de la laïcité de la République et l’ont oublié ?
Il y a les donneurs de leçons, les « y a qu’à » .Y a qu’à abroger la loi Debré ! Il suffit de se le dire chaque matin, de le clamer dans le cercle bien clos des affidés, au mieux d’organiser quelque manifestation nationale de quelques centaines de militants, pour se donner bonne conscience. ..Et faire la leçon aux autres, au mieux des « naïfs » au pire de « faux laïques ». Quel est leur bilan ? Un siècle de recul...Mais c’est la faute aux autres, évidemment !
Les incantations ne suffisent pas ; elles sont contre-productives. Bien sûr, l’objectif ne peut être que l’abrogation de ce système qui, depuis juillet 1940, a fait la preuve de sa nocivité. Le serment de Vincennes demeure. Mais quel écho ? Le peuple a d’autres préoccupations, urgentes, quotidiennes, trouver du travail ou le conserver quand on en a un, faire vivre le plus décemment possible sa famille. Les « classes aisées » profitent du système, au jour le jour...Les élus ont peur…pour leur réélection ! Le parti clérical surveille le moindre geste pour hurler à l’agression, qu’il n’a cessé de pratiquer et faire « monter » ses réseaux à Paris, au nom des « grands principes » qu’il bafoue
Il est vain d’espérer aujourd’hui faire écrouler ce mur d’un coup d’épaule. Soyons pragmatique. Il a fallu au mouvement laïque près de la totalité du XIXème siècle pour vaincre. Le parti clérical a patiemment repris, pendant plus d’un siècle, ce qu’il avait perdu. La reconquête sera longue, rude. Imposer un premier recul au parti clérical, c’est à l’évidence l’obliger à un retour à sa loi, qu’il a lui-même transgressée
Les cibles sont facilement identifiables
1- Puisqu’on semble l’oublier, rappelons que « l’organisation de l’enseignement public, gratuit et laïque est un devoir d’État » (préambule de la Constitution, repris par l’article L 141-1 du Code de l’éducation) ; que « toute commune doit être pourvue d’au moins une école publique….. » (article L 212-2)
La réponse écrite du ministre de l’éducation nationale, relevée précédemment, montre que 487 communes n’ont pas d’école publique mais disposent d’une école privée (104 pour le seul Maine et Loire). Des parents demandent depuis des années l’ouverture d’une école publique. En vain...Ils se heurtent à l’opposition de maires et préfets…
« Dans le cas où la collectivité compétente refuse de pourvoir à une organisation convenable du service public, l’État peut exceptionnellement créer des établissements d’enseignement public du premier et du second degré » (L 211-3)
Qu’attendent donc les ministères compétents pour imposer la création d’écoles et collèges dans ces communes et départements ?

2- Des contrats « peuvent » être passés par l’État avec des établissements et non un organisme qui les représenterait. Toute dotation globale est donc illégale Et pourtant, les responsables de l’enseignement catholique se réjouissaient encore, en juillet 2012 d’avoir reçu 70 « postes » du ministère de l’éducation nationale. Qu’en font-ils ?
En outre, « la conclusion des contrats est subordonnée au respect des règles et critères retenus pour l’ouverture et la fermeture des classes correspondantes de l’enseignement public, toutes conditions de fonctionnement étant égales » ( L 442-13)
Ce que le Conseil d’État a commenté ainsi « L’existence de taux d’encadrement des élèves analogues à ceux appliqués dans les établissements publics correspondants constitue l’une des conditions objectives à vérifier pour la passation d’un contrat d’association » (12 avril 1991. Rec 134)
Comment expliquer alors que dans toutes les académies de France sans exception (statistiques ministérielles 2010) la moyenne des effectifs des lycées et collèges publics par établissement et par classe soit nettement supérieure à celle des établissements privés ? Que, par exemple, 973 lycées professionnels publics accueillent 79% de la population scolaire à ce niveau, soit une moyenne de 421 élèves par lycée (0,7% ont moins de 100 élèves) alors que 664 LEP privés sous contrat ont une moyenne de 164 élèves par établissement (41,6% ont moins de 100 élèves, 55,8% moins de 19 élèves par classe et 35% moins de 15 élèves.)
La palme revient au 7éme arrondissement de Paris (informations ministérielles et des établissements privés). Hasard ?? Dans cet arrondissement, un seul lycée public, Victor Duruy, 1023 élèves-moyenne par classe, de 32 en terminale à 36 élèves en 6ème. Et sept lycées privés dont les effectifs sont compris entre 375 et…60 élèves !
Ce qui permet à quelques-uns de vanter avec un certain cynisme leur « dimension humaine » L’État a bien signé un contrat avec ces établissements ? En contradiction avec la loi… Pendant qu’il contraignait le lycée public.
Les responsables de l’enseignement catholique revendiquent périodiquement l’ « égalité de traitement ». On a envie de leur dire : chiche !
Priorité à l‘enseignement public, a affirmé le Président de la République. Il est urgent en effet de lui affecter tous les moyens disponibles, ne serait-ce -ironie de la situation- que pour rattraper d’abord un retard inadmissible.

3- La loi Guermeur a étendu la participation de l’État au financement de la formation des enseignants des établissements privés sans qu’il puisse en contrôler le contenu. Un décret du 18 mars 1993 en a confié l’organisation conjointe au Ministère de l’Éducation Nationale et aux responsables de l’enseignement catholique. Le « nouveau statut de l’enseignement catholique » d’avril 2013 organise dans le moindre détail la formation de ses enseignants. Une formation solidement verrouillée et contrôlée par l’Épiscopat. Le contraire serait surprenant. De même que cette tentation doit bien habiter d’autres familles de pensée, religieuses, politiques…C’est par un enseignant bien conditionné que se transmet le message. Ce statut n’a pas manqué de le rappeler.
Où le bât blesse, c’est que cette formation prosélyte soit financée par les fonds publics, dans une République laïque. Et que, de surcroît, ici aussi, le laxisme prévale
L’État devrait souscrire des contrats avec des établissements privés qui ont leur « caractère propre » mais doivent respecter la liberté de conscience des élèves et des maîtres et enseigner les programmes officiels ? Il finance en réalité, par le truchement d’organismes privés, un « enseignement privé » ayant son caractère propre et dispensé par des enseignants méticuleusement recrutés et préparés à une mission prosélyte par une formation appropriée.
Les charges afférentes à cette formation « sont financées par l’État aux mêmes niveaux et dans les mêmes limites que ceux qui sont retenus pour la formation des maîtres de l’enseignement public » (art L 914-1 du code de l’éducation). L’État a été jusqu’à ce jour magnanime et complice au point de financer deux ans de formation aux enseignants des établissements privés tout en supprimant celle des enseignants de l’enseignement public !!

Voilà résumé un effarant cocktail législatif dont le coût annuel dépasse les 7 milliards d’euros de crédits publics, votés par un Parlement peu curieux et utilisés sans le contrôle prévu par le Code de l’éducation…
Le Parlement osera-t-il mettre bon ordre dans une dimension capitale de l’organisation de l’enseignement ? Capitale, car –répétons-le encore et toujours- au lieu d’enseigner les règles et programmes officiels, dans le respect de la liberté de conscience des élèves et des maîtres, les enseignants des établissements privés doivent enseigner aussi bien « la vérité vivante de la révélation chrétienne », ou juive, ou islamique, ou partisane…pour laquelle ils auront été formés…Aux frais de la République « indivisible, laïque, démocratique et sociale » (art. 1er de la Constitution)

Reconstruire d’urgence une école de la République performante

Il fut une époque où l’école laïque était symbole de réussite. Elle était certes, tout autant qu’aujourd’hui, vilipendée par ses adversaires. Peu à peu lui a été accolée l’image de « l’échec ». Ne nous attardons pas sur une caricature, éloignée de la réalité, au service d’une propagande bien orchestrée, relayée par des médias complaisants. La réalité, c’est que, malgré 60 ans de restrictions fréquentes, de dénigrement, de calomnies, la confiance envers l’école de la République n’a pas été entamée (85% selon les statistiques officielles rentrée 2011) décevant les espoirs de M. Olivier Giscard d’Estaing et du Club de l’Horloge.
Mais il est une autre réalité, c’est que l’organisation scolaire a été mise à mal par plus d’un demi-siècle de « réformes » avortées, inadaptées, qui n’ont jamais voulu ou pu apporter des réponses appropriées à une évolution inéluctable de la société et par conséquent, de la scolarité. Tout a été dit ou écrit depuis ce 6 janvier 1959 où, par ordonnance, a été supprimée la sélection à l’entrée en 6ème et prolongée la scolarité obligatoire à 16 ans, sans que des réponses cohérentes aient été apportées à ce qui était et aurait dû être une révolution non seulement dans les structures scolaires, également dans les esprits
La réalité, c’est que la contradiction entretenue entre ce que supposait cette nouvelle organisation et les résistances aux évolutions nécessaires, alimentait la propagande des enseignements privés. Comme on l’a relevé précédemment, le collège, ce « maillon faible » parce que là se situe la contradiction, était une opportunité pour la concurrence.
On ne peut dissocier la lutte légitime contre les lois de division de la jeunesse, de la nécessité de reconstruire un enseignement laïque de qualité. « Refonder l’école » est une bonne initiative. A condition de ne pas rester en lisière des choix décisifs, qui ont été éludés trop longtemps.
Ici encore, répétons ce qui fut démontré depuis plus de 40 ans, en allant à l’essentiel, c'est-à-dire aux évidences qui doivent engager le processus.

1- quels sont la place et le rôle du « collège » dans le parcours scolaire d’un enfant ? Avant le 6 janvier 1959, c’est un nouveau départ dans le « second degré », pour une sélection d’élèves. Après, dès lors qu’on a décidé que tous poursuivent le même parcours scolaire obligatoire, le collège est, devrait être le prolongement de l’école élémentaire.
On sait qu’il n’en fut rien. Que toutes les solutions (26 réformes ou tentatives de réforme de 1945 à 1968 à quoi s’ajouta la duperie du « collège unique ») tentèrent de concilier en vain ces deux voies contradictoires. Qu’imposer à la totalité d’une classe d’âge des méthodes et un esprit qui avaient prévalu pour une sélection d’entre eux était une gageure ; pire, que cette contradiction entraînait un mécanisme d’élimination par l’échec pour trop d’adolescents. Combien de fois ai-je mis en garde contre ces situations d’exclusion qui frappaient les jeunes de milieux défavorisés et contre lesquels ils pouvaient se révolter un jour ! Je garde la certitude que ce mécanisme, qui épurait une certaine élite de ce qui n’était pas sien et conduisait les laissés pour compte dans le cul de sac de toutes les amertumes a été à l’origine de la marginalisation, de la ségrégation d’une partie des adolescents et de leur plongée dans la violence
Des voix réclament de temps à autre un retour à la sélection à l’entrée en 6ème. C’est une option qui eut du sens à la fin du XIXème siècle. Il faut choisir. Le pire est d’être resté au milieu du gué depuis un demi-siècle
La loi de refondation récente semble enfin avoir compris que le collège prolonge l’école élémentaire, qu’ainsi, c’est la continuité du parcours scolaire qui est déterminante, de l’école maternelle à la fin du collège. Cette orientation, enfin cohérente, rencontrera vraisemblablement les mêmes obstacles que naguère. Aux pouvoirs publics d’être assez déterminés pour enfin les surmonter !

2- Autre évidence…Pour qui un système scolaire doit-il être pensé, construit, sinon pour ses « usagers », les enfants, et non pour le confort d’adultes chargés de leur enseignement ? Va-t-on enfin retenir qu’un enfant « nul » n’existe pas. Tout élève est curieux d’au moins un sujet d’investigation. Outre des savoirs que chacun acquiert à son rythme, le rôle du parcours continu –fondamental- est aussi de l’aider à découvrir, révéler, consolider ses aptitudes naissantes, insuffisamment construites, également celles qui sont cachées ou non visibles. Aider chacun à acquérir la confiance, les capacités, l’envie susceptibles de lui ouvrir des chances de réussite. C’est le rôle de l’Instituteur, au sens étymologique, de l’aider à se construire
Comment y parvenir ?
Supprimer les ruptures entre l’école maternelle et l’école élémentaire, puis entre celle-ci et le « collège ». Une triple rupture, affective, spatiale (notamment à cause de collèges aux dimensions démesurées) et pédagogique (en particulier l’insistance à appliquer à ce collège devenu hétérogène, les méthodes, sélectives qui naguère convenaient à un premier cycle homogène).
Il faut supprimer les ruptures provoquées ou renforcées par un sentiment d’abandon ou de maltraitance, qui génère l’insécurité affective, par un fonctionnement déstabilisant de l’école, par un aménagement du temps à contre temps des rythmes des personnes, et par une conception des lieux et espaces qui ne permettent pas à chacun de bien s’exprimer.
La suppression des ruptures augmente la probabilité que, au fil du développement individuel et d’un âge à l’autre, les enfants puissent prendre des repères stables et rassurants ; et donc qu’ils puissent s’adapter sans difficulté aux nouveautés (relationnelles, pédagogiques, environnementales…)

Individualiser l’enseignement. Les techniques ne manquent pas, ne serait-ce, d’abord, que le nombre acceptable d’élèves par classe. Me revient en mémoire une expérience de classes organisées en groupes de niveau modifiables selon la discipline enseignée, voire à l’intérieur d’une même discipline d’une leçon à l’autre. Une expérience menée dans les années 70 par Louis Legrand et dont l’évaluation était convaincante. Son animateur fut mis au placard et le compte-rendu dort depuis dans un tiroir…
Prévenir et corriger les handicaps Prévoir des interventions de soutien, de rattrapage n’a de signification que si antérieurement, dès l’école maternelle, ont été détectés des handicaps, des insuffisances souvent temporaires et guérissables. L’organisation de cette prévention exige une relation étroite entre la classe et les structures d’aide (et non leur suppression !), entre l’enseignant et les personnels spécialisés (médecine scolaire, services sociaux…de plus en plus rares)

3- Les enseignants
Encore une lapalissade ? Ce métier s’apprend au moins autant que d’autres. On semblait l’avoir oublié naguère ; et sa nécessité réapparaît tant elle est évidente.
Comme tout métier, sa quintessence «est tributaire de son objet, en l’occurrence un jeune humain en transformation permanente, à priori sans limites de possibilités et de capacités ». Curieusement, on a jusqu’ici pensé l’inverse. Qu’il suffit à un futur enseignant d’emmagasiner des savoirs pour les transmettre en l’état ; encore qu’il arrive que des puits de science très « pointue » soient incapables d’en faire profiter un jeune adolescent ; en clair, il nous est arrivé de connaître quelque agrégé copieusement chahuté par une classe de 3ème pourtant soigneusement triée.
C’est donc moins l’acquisition d’un diplôme universitaire traditionnel qui importe que la capacité à enseigner. Une licence d’enseignement comprise comme une autorisation reconnue et non la maîtrise de quelque discipline aussi prestigieuse soit-elle.
Le profil du maître, les exigences de sa formation sont tributaires du développement des élèves. Les propositions du plan Langevin Wallon étaient pertinentes qui substituaient à la classification habituelle de maître du premier degré et maître du second degré, l’appellation de maître de matières communes et maître de spécialités.
Qu’exige une telle formation ?
• Qu’elle s’étale sur plusieurs années après un concours de recrutement.
• Qu’elle comprenne un enseignement pluridisciplinaire avec dominante, une étude sérieuse, biologique, psychologique de l’enfant et de l’adolescent, et de leurs comportements.
• Qu’elle comprenne évidemment une préparation pédagogique avec des stages pratiques pour tous aux trois niveaux du parcours scolaire obligatoire, puis une différenciation selon les voies choisies ; une préparation à l’animation, les centres aérés, les séjours de vacances sont des lieux d’expérience convaincants !
• Que cette formation soit donnée dans des établissements ayant un statut semblable à celui des I.U.T., associant formation initiale, formation continue et recherche appliquée, animés par des Universitaires spécialisés en sciences de l’éducation.

Et maintenant ?


Il n’est pas sûr que la refondation, dans sa forme actuelle, prenne la voie de cette reconstruction nécessaire..En témoigne l’incertitude qui entoure l’organisation des ESPE (écoles supérieures du professorat de l’enseignement) qui, se substituant aux IUFM , risquent d’en reproduire les insuffisances.
En témoigne surtout cette guérilla suscitée par les « rythmes scolaires », à l’évidence querelle d’adultes où s’indignent aujourd’hui ceux qui approuvaient hier..L’ «intérêt des enfants » a bon dos !. Faut-il rappeler que le passage de 5 jours de classe à 4 jours et demi en 1969 était une aubaine pour des parents pressés de prendre la voiture dès le samedi à midi bien davantage que pour leurs enfants. Qu’ils anticipaient même la semaine de 4 jours en mettant le moteur en route dès le vendredi soir, ce que le ministre Darcos leur accorda en 2008..Faut-il rappeler ces observations, sans cesse confirmées par les enquêtes les plus sérieuses, selon lesquelles les élèves revenaient en classe le lundi matin plus fatigués qu’ils ne l’étaient le vendredi soir ?
Il faudrait une véritable révolution culturelle pour que soient enfin prises en considération, et prioritairement, des orientations qui répondent véritablement aux besoins des enfants et non aux intérêts économiques du tourisme, des transports ou aux égoïsmes d’adultes.
Car le roi n’est pas nu… Rappelons les engagements les plus officiels, issus de travaux scientifiques incontestés. L’INSERM d’abord ; en son sein une équipe de recherche animée depuis plus de trente ans par le Professeur Hubert Montagner, consacrée au « développement de l’enfant dans ses différents lieux de vie, non seulement au sein de sa famille, mais aussi dans les différentes structures qui l’accueillent, en particulier l’école ».
Un colloque de deux jours, en février 1982, à l’initiative du Syndicat national des Institutrices, Instituteurs et Professeurs de collège, animé par l’équipe d’Hubert Montagner et consacré aux « rythmes de l’enfant et de l’adolescent, ces jeunes en mal d’espace et de temps » (1)
Il a été enfin admis que « l’intérêt de l’enfant » devait être apprécié dans sa globalité et non dans des temps de vie juxtaposés où, rappelons-le, le temps passé à l’école représente environ 10% de cette globalité.
Les ministres de l’Éducation Nationale, de la Culture et de la jeunesse et des


(1)« Les rythmes de l’enfant et de l’adolescent » Hubert Montagner. Editions Stock/Laurence Pernoud
Sports publiaient en commun, le 18 mai 1990 une circulaire consacrée à « l’aménagement des rythmes de vie des enfants des écoles maternelles et élémentaires ». Il s’agissait de « promouvoir progressivement au sein des collectivités locales une politique globale du temps, de l’espace et de la qualité de vie dans la Cité »
Les mêmes ministères, d’une majorité politique opposée, consacraient de nouvelles instructions (31/10/1995- 23/11/1995) à des « contrats d’aménagement des rythmes de vie des enfants et des jeunes » inspirés de la même orientation, élargis au second degré, contrats conduisant à l’habilitation de projets pilotes d’ « aménagement des rythmes scolaires » dont un des critères « impératifs « était l’aménagement d’une semaine scolaire sur « au moins cinq jours »…Confirmation de ces orientations par une instruction du 17 février 1997, puis par le ministère de la Jeunesse et des Sports de la nouvelle majorité après la dissolution de l’Assemblée de 1997.
Enfin, le « Comité d’évaluation et de suivi de l’Aménagement des rythmes de l’enfant », mis en place par le Ministère de l’éducation Nationale, écrivait, en 1999 : « Notre réflexion sur l’aménagement du rythme scolaire est vouée à l’échec si elle ne s’inscrit pas dans le seul cadre qui vaille, l’aménagement du rythme de l’enfant dans sa globalité »
Et voici, en 2013, l’ouvrage remis sur le métier… Par une loi, cette fois, qui soulève des vagues de « protestations » disparates. Ce qui donne à penser que les instructions précédentes, émanant – qualité rarissime- aussi bien de gauche que de droite, n’ont pas été mises en oeuvre, victimes de pesanteurs insurmontables. Ce qui donne à penser que ces levées de boucliers, qui s’aventurent même sur le terrain du refus d’appliquer la loi ont une motivation moins avouable à laquelle se heurte l’école laïque depuis 1945, le refus organisé de sa modernisation.
Certes, l’ « entame » ne fut pas aussi heureuse et prudente que l’enjeu l’aurait exigé. Cela ne justifie pas les arrière-pensées, politiciennes et conservatrices, les excès auxquels se heurte la nouvelle tentative d’aménagement des temps de vie des enfants


Que conclure ?

Reprendre ce qui fut dit et répété depuis plus d’un demi-siècle ? Preuve amère que la sagesse est démunie quand la société humaine, que la couardise rend autiste, cède aux pressions partisanes.
Je reprends ici deux moments parmi les plus révélateurs de l’impasse dans laquelle les décideurs du moment ont engagé la Nation.
Le 31 janvier 1959, les responsables des organisations rassemblées dans le Comité National d’action laïque s’adressaient par lettre au Président de la République. Ils avaient vent du projet du nouveau régime (cette Vème République avait 4 mois à peine), satisfaire les exigences du parti clérical de parfaire le financement des écoles privées par l’argent public, entamé dès 1940 par l’État français de Pétain, accentué par les lois Marie et Barangé d’août 1951
En voici un extrait qui parle avec justesse, plus de cinquante ans après, à nos oreilles contemporaines :
«La Nation, selon nous, n’est pas la simple juxtaposition de diverses familles spirituelles. Elle englobe au contraire toutes ces familles dans une réalité humaine plus grande et plus riche encore. Elle se doit donc, en tant que Nation, de mettre à la disposition de tous les enfants, gratuitement et sans distinction, une Éducation Nationale qui respecte leur libre développement spirituel. C’est l’idéal, nous semble-t-il, qui a inspiré les républicains de 1886. En instituant l’École Laïque-aimait à rappeler Ferdinand Buisson- la République n’a pas fait œuvre de parti, elle a fait acte de Nation »
Le dernier jour de cette année 1959, la Vème République faisait œuvre de parti contre la Nation en adoptant et promulguant la loi Debré, cette brèche dans l’unité nationale dont les pages précédentes ont rappelé le cheminement.
Loin de tout esprit de sectarisme –la liberté de créer une école privée n’était et n’ est pas en cause- l’alternative posée au milieu du XXème siècle n’a pas changé de sens, soit l’école unifie la Nation en affirmant la pérennité de ses principes laïques, soit une juxtaposition d’écoles privées, à « caractère propre », en pétrifie le puzzle.

Le deuxième moment tient à la disparition des écoles normales d’Institutrices et d’Instituteurs. Certes, leur organisation avait vieilli avec le temps ; leur rénovation était nécessaire ; responsable syndical, j’avais en 1974 proposé leur modernisation par leur transformation en Instituts Universitaires semblables aux Instituts Universitaires de Technologie, dont la mission exclusive serait une réelle formation au métier d’enseigner. La loi de 1989 acta la disparition des écoles normales, auxquelles se substituèrent les IUFM dont chacun savait à l’avance qu’ils perdraient les qualités essentielles qui avaient fait la valeur et la réputation des écoles normales.
L’enjeu était loin d’être seulement technique. Pour l’avoir vécue dans ma jeunesse, je ne peux oublier la signification politique d’une telle disparition
J'avais 12 ans en octobre 1940. La République venait d'être abolie, les écoles normales d'instituteurs supprimées (ces « foyers de républicanisme » selon Vichy) et mon instituteur limogé; il fut remplacé par un personnage qui se bornait à nous faire chanter chaque matin "Maréchal, nous voilà" et quelques chants religieux pour les offices à venir. J'ai perçu comment une certaine école peut conformer les esprits.
En octobre 1945, avec la République réinstallée, les écoles normales renaissaient. J’ai fait partie de la première promotion de futurs instituteurs qui rouvrait les écoles normales. Nous en étions fiers, et convaincus que nous allions reconstruire l'école de la République. Nous nous sentions les nouveaux hussards de la République, chers à Péguy J'ai vu à longueur d'années désorganiser, asphyxier l’école laïque. J’ai vu s’amplifier la guerre conduite par l’entreprise privée politico-religieuse. Je n’ai pas oublié la grève de l’impôt lancée par l’évêque de Luçon, attitude sur laquelle les Pouvoirs Publics, déjà, fermèrent les yeux ?
J'ai été responsable d'un syndicat qui rassemblait la quasi-,totalité de la profession Nous avons protesté, manifesté, fait grève contre la politique constante de démantèlement de notre école.
Comme –à coup sûr- les centaines de collègues d’écoles maternelles que le SNI avait rassemblées, le 26 février 1975, pour la défense de ce moment de première éducation des enfants que le Ministre Haby entendait démanteler, j’entends encore Jean Rostand prononçant cette phrase ultime de son discours conclusif: « votre belle mission est de former sans conformer »

Je retrouve ce que j’écrivais en 1990…en écho à la loi d’orientation de juillet 1989 . Je n’en change pas une virgule aujourd’hui.
« Les enseignants en exercice ou en formation, ont besoin de retrouver une motivation que le cyclone des réformes leur a fait perdre ; ils ont besoin de savoir enfin ce qu’on attend d’eux et d’être mieux traités qu’ils ne le sont. Il ne suffit pas d’invoquer les mânes des hussards noirs, ces jeunes élèves des écoles normales que Péguy nommait ainsi, grandis dans leur uniforme noir. Ils connaissaient la mission que la IIIème République leur assignait ; ils en étaient imprégnés. Aujourd’hui, l’école s’est affranchie des pesanteurs inutiles et la vie de l’enseignant n’a plus rien de comparable avec celle de son ancêtre. Il n’empêche qu’il a hâte de comprendre pour quelles fins il travaille. C’est la moindre des choses, d’autant plus nécessaire que, contrairement aux apparences, ce métier est loin d’être simple. L’éducation colle à la vie, changeante, fantasque, inattendue. Le « matériau » n’est pas inerte : il s’agit d’individus ayant chacun sa singularité. Les principes qui régissent l’acte d’éduquer ne peuvent être immobiles, ils doivent être diversifiés et en prise avec la réalité. Il n’y a pas un mode d’emploi définitif dans ce métier. C’est ce qui fait sa difficulté. C’est aussi ce qui fait sa qualité….…On n’a pas perçu les richesses et l’éthique du métier d’enseigner si l’on n’a pas ressenti (pour l’acteur) ou compris (pour les autres) ce moment de confrontation, intensément vécu.

Guy GEORGES

tavardon Le: 06/12/13