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Ecole Normale: Laïcité sociale, Jean PALMERO, Jean TIRMAN.

Site blog de Gilbert SAGNARD, « Norminstit. » Après l'hommage à notre directeur, hommage à l'un de nos professeurs, tous mériteraent un coup de chapeau. Je pense à Mademoiselle MATHIEU (Mathématiques), Madame GUERARD et Monsieur LEGENDRE (Français)

JEAN PALMERO

Directeur de l'Ecole Normale d'Instituteurs de Privas de 1946 à 1953, Jean Palméro a laissé dans la mémoire de ceux qui l'ont connu l'image d'un humaniste profondément attaché aux valeurs républicaines, défenseur acharné de la laïcité.
Doué d'un charisme certain, il fascinait son auditoire d'élèves-maîtres par ses propos exaltants sur leur future mission d'éducateurs et de propagateurs de progrès social.



Jean Palmero

Claude Barratier de la promotion 1950-54, se souvient qu'il « improvisait des discours écoutés en silence à l'occasion d'un passage dans une classe, au réfectoire... » Il cite la réponse de Jean Palméro à une lettre que les anciens de sa promotion lui avaient adressée en 1990:

"Je n'ai oublié aucun d'entre vous, et, à l'instant où j'écris ces lignes, je revois chacun de vos visages d'adolescents. Vous oublier eût été m'oublier moi-même car vous êtes indissociables de la période la plus exaltante de ma vie. Ce fut celle de la résurrection de la Fédération des oeuvres laïques sortie moribonde de la dictature cléricale de VICHY, de la création d'«ENVOL»(1), de la croisade pour l'achat du château de Soubeyran, et des tournées triomphales de « La Belle Equipe». Le sentiment que la confiance de mes normaliens m'accompagnait dans l'action décuplait mes forces.
J'étais jeune alors et mon ambition était de vous faire partager les valeurs qui fondent la laïcité et que l'instituteur doit défendre sous peine de ne pas accomplir pleinement sa mission. Il n'est pas seulement, en effet, un dispensateur d'instruction, il doit être aussi un militant de la justice sociale. Comme le souhaitait Jean JAURES, il doit apprendre aux fils du peuple ouvrier à revendiquer leur dignité lorsqu'ils seront devenus des citoyens, à refuser les servitudes qui les menacent, à sauvegarder la liberté et la démocratie. C'est par là que l'enseignant peut changer des vies et aider le peuple à devenir plus fort et moins exploité.
Un tel apostolat exigeait beaucoup de courage dans un département clérical et réactionnaire comme l'était l'Ardèche il y a 40 ans. Je sais que vous avez accompli cette mission ; j'ose avouer que je suis fier d'avoir été votre directeur."




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Jean Palméro est décédé en janvier 1999, François Bénéfice écrivit alors dans « Envol » l'article suivant :


"Issu d'un milieu modeste, il gardait un grand respect pour ses parents qui avaient su laisser s'épanouir ses qualités intellectuelles. C'était un érudit et un pédagogue du français. Nombreux sont ceux d'entre nous qui avons utilisé avec bonheur les ouvrages "Rédigeons" qu'il avait réalisés en collaboration avec notre regretté collègue Félix. C'était-aussi un homme d'engagement qui savait, en dehors de tout prosélytisme inopportun dans sa situation affirmer ses idées et respecter les hommes.

Il nous avait conduits à accepter quelques sacrifices personnels pour participer aux activités du patronage laïque privadois encadré par les "'4ème année" au titre des "francas"(2). même si cela contrariait parfois nos appétits de liberté du jeudi après-midi. Les anciens se souviennent de ces activités que nous animions à tour de rôle et qui nous ont donné une idée de l'action bénévole.Vous avez dit bénévolat ? De ce point de vue il avait su nous faire comprendre que les limites des relations enseignant/élèves et école dépassent le cadre et les horaires de la classe et je suis sûr que cela nous a marqués tout au long de notre carrière voire au-delà

Elu député de l'Ardèche en 1955 dans cette période difficile de la guerre d'Algérie, il avait toujours conservé sa rigueur de pensée et de jugement qui lui faisait déclarer, comme le rappelait Jacques Despax, "Rappelez-vous bien qu'on ne tue pas les idées à coup de mitraillettes".Il m'avait aussi raconté beaucoup plus tard que, chargé de rédiger l'ordre du jour du Gouvernement, il avait été mis dans la position de ne pas voter cet ordre du jour qu'il avait rédigé, en raison d'événements survenus entre le moment de la rédaction et le vote.

Homme de rigueur et de culture, fidèle à ses idées et ses engagements, à ses amis aussi, il laisse un grand vide dans nos mémoires et dans nos coeurs."

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Jean TIRMAN, Professeur d'E.P.S. à l'E.N
par Yves LAMBERT

Dire l'activité sportive à l'E.N.G. de Privas oblige, et avec un profond plaisir, à évoquer M. Jean TIRMAN, professeur de nombreuses promotions autour de la nôtre. Professeur d'Education Physique et Sportive, à l'Ecole normale d'instituteurs : avec lui, chacun de ces mots prend un sens élevé et, dans ses rapports toujours clairs et forts qu'il avait avec nous, il nous positionnait à la fois en tant que personnes et que futurs professionnels.

Avons-nous souvent pesté contre la fastidieuse copie de ces petites fiches cartonnées cumulant, de lundis en semaines, exercices classés, petits jeux répertoriés, ateliers indexés, comptines numérotées ! ? Et pourtant, combien d'entre nous se sont félicités ensuite, seuls face à la classe, d'avoir pour recours cet outil pédagogique pratique et efficace ! Oubliées les grommelantes exigences d'un jour, le Prof avait travaillé pour notre avenir. A l'image de sa calligraphie : droite et régulière. Majuscule et élégance.
Nous retrouvions cette même rigueur esthétique dans tous ses cours comme dans tout son environnement.

En Education Physique étaient abordés :
Aussi bien les sports-co populaires et attrayants pour des jeunes de 16 à 20 ans: foot, hand, basket, volley, que des activités à priori moins ludiques : thèque, cross (à la Plaine du Lac, toute en herbe à l'époque), course d'orientation, jeux sportifs traditionnels, jusqu'à rendre certaines passionnantes. - Ah, ces combats de boxe dont nous chapardions quelques suppléments dans l'arrière-gymnase, en cachette (?) entre midi et deux ! -

Peut-être parce que nous étions encore dans les suites de l'après-guerre, le matériel était rare. Et les installations bien sommaires :
• un petit, tout petit, « gymnase » ;
• un mauvais, bien mauvais, sautoir de sable, en bout de cour ;
• deux panneaux de basket qui avaient oublié peinture et filets et au-dessous, du gravier ;
• une barre fixe et des anneaux où quelques initiés s'essayaient au « grand soleil » ou à la « croix de fer » pendant les pauses.

C'était tout, ou à peu près.

C'est dire toute l'ingéniosité déployée par M. TIRMAN pour nous proposer des petits matériels en prévision de nos futurs élèves : bâtons, élastiques, petites balles (« sauras-tu passer, et tradéri-déra... »), barils de lessive !
C'est insister aussi sur le respect du matériel et des lieux dont il faisait preuve et qu'il nous inculquait. Inlassablement.

Quelle a dû être sa joie profonde de voir transformer, selon ses plans minutieux et astucieux, le jardin potager en un véritable plateau de sport.
Avec des sentiments mêlés, alors que nos heures d'E.P.S. étaient converties à pousser, de plus ou moins bonne grâce, de fastidieuses brouettes de terre ou de gravats, nous vivions cette heureuse transformation, avec, au bout de nos sueurs, la fierté et la dignité de l'effort effectué ensemble une véritable tâche éducative, bien dans l'esprit d'une gym suédoise dont il était héritier. Tout cela dans un esprit qui a contribué à nous tisser un fond commun.

Il y avait aussi l'activité sportive à l'extérieur.

En U.S.F.E.N. d'abord. Pris d'une peine véritable si une équipe qu'il avait affinée devait affronter, incomplète, une échéance en compétition, il nous gratifiait de ses compétences, de sa disponibilité, de sa passion, pour nous accompagner au plus loin. En 1960, en demi-finale de hand à Paris, comme c'était bon de le voir rire avec nous, en « civil » sur les Champs ! Et nous ne savions pas encore que, plusieurs années après, il conduirait également, du même bon appétit sportif, des équipes d'enseignants ardéchois.
Si le hand a été objectivement le sport qu'il a privilégié (et bien qu'ayant été lui-même un excellent gardien de foot au S.C. Privas), il restait attentif à ceux qui s'engageaient dans les divers clubs régionaux de toutes disciplines. Toujours prêt aussi à stimuler ceux qu'il espérait voir se diriger vers le professorat.

Probablement avait-il des réticences, voire des méfiances plus ou moins manifestes, envers tout climat de club éloigné de l'esprit sportif pur dont il était le chantre. Un esprit fait de loyauté et de respect, de rigueur intransigeante, de cette intégrité (finalement admirable) qui faisait que nous redoutions être arbitrés par ses soins, sachant trop qu'en cas de litige, ou seulement de doute, nous serions automatiquement pénalisés !

Toujours opposé aux compromissions, à la licence, à l'anarchie stérile, on comprend qu'il ait véritablement souffert de la part malsaine du souffle de 68.
Homme d'idéal ô combien concret, il s'adressait à nous dans l'aujourd'hui de nos adolescences, pour nos lendemains d'Educateurs, vers nos avenirs d'Hommes.

Si, après encore tant d'années, nous le reconnaissons comme LE véritable Professeur d'Ecole Normale, c'est qu'il nous amenait de l'E.P.S. à l'essence de l'activité physique, de l'éducation à l'essence de la vie. Souvent encore, Monsieur TIRMAN, j'aimerais pouvoir soutenir votre regard limpide et vous dire :

« Merci JEAN ».

Yves LAMBERT

tavardon Le: 20/11/09