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Sens de l'univers: L'homme n'est pas le centre

Le jour où un homme a dessiné pour la première fois

Il y a 36 000 ans, des gens se sont aventurés dans une caverne ardéchoise pour y dessiner des animaux. Ce sont les plus vieilles peintures pariétales connues en Europe
Grégoire Leménager Publié le 13 août 2016 . L’OBS

Ce jour-là, il ne faisait pas chaud, puisque l'Ardèche était encore peuplée de loups, de bisons et de rhinocéros laineux.
Un homme a admiré le pont de roche qui enjambait la rivière. Il a regardé une dernière fois le soleil en plissant les yeux. Puis, une torche de pin sylvestre à la main, il s'est enfoncé dans les ténèbres. Il y était déjà venu. Il n'a donc pas été effrayé, dans cette grotte profonde de 400 mètres, de piétiner des vertèbres et des crânes d'ours. Mais tout de même, pas froid aux yeux, l'homme: déranger un plantigrade de 3 mètres encore en chair et en muscles, ça peut mal se terminer.
On ne sait pas qui est l'homme, ni qui l'accompagne. C'est peut-être une femme, d'ailleurs, cet homme. Toujours est-il qu'il ne fait pas qu'imprimer sa paume, à l'ocre rouge, dans les zones les plus accessibles. Sur une paroi du fond, sa main trace quelque chose, avec un fusain sec de charbon préparé exactement dans ce but-là. Le motif n'est pas une étoile, ou un nuage, ou un arbre, comme en gribouillent les enfants et comme on en vénère dans toutes sortes de civilisations. C'est un animal, avec un dos, une tête, des membres.
D'autres suivent, qui exploitent le relief rocheux pour prendre du volume: des rhinocéros, des mammouths, le profil d'un ours, incroyablement bien proportionnés ; des rennes, avec des ramures impeccablement mises en perspective. Les maîtres de la Renaissance, à côté, ont l'air de collégiens. La préhistoire de l'art figuratif est en avance sur son histoire.

Quels profs ont eus les Picasso de Chauvet, il y a 36.000 ans, pour avoir un tel coup de fusain ? Ils ont dû s'entraîner longtemps, dehors (sur des arbres ou des parois exposées aux intempéries, qui ont tout effacé). Même si l'on tient compte des blocs d'ocre gravés il y a 75.000 ans en Afrique du Sud, d'un disque rouge en Espagne (qui aurait 40.000 ans), ou même d'un sympathique cerf cochon tracé en Indonésie (même âge selon certains spécialistes), les premiers dessins connus ne sont jamais les premiers dessins.
«L'art de Chauvet n'a pu être créé du néant», comme dit l'archéologue Valérie Feruglio qui a observé à la loupe, dans ces «dessins premiers», un «classicisme détonnant de l'iconographie la plus connue de la grotte». Pour elle, les avant-gardistes ardéchois de l'aurignacien ont fait des émules. Des griffures d'ours ont zébré leurs œuvres en quelques saisons. Puis d'autres artistes ont raclé la roche, profité d'une modification de son état qui la rendait plastique sur quelques centimètres, développé d'autres techniques: la gravure au doigt ; l'usage de jaunes naturels et de pigments ocre ; l'estompe, qui lie du charbon en poudre au calcaire pour «indiquer les modelés, des variations du pelage ou des ombres». Ils ont, aussi, enrichi le bestiaire paléolithique dans un style plus «expressionniste» avec des chevaux (extraordinaires), quelques aurochs, des mégacéros, des pachydermes.
Pourquoi s'être compliqué la vie en planquant ainsi ces chefs-d'œuvre ? Si c'était pour communiquer à des semblables l'émerveillement éprouvé devant les rois des animaux, c'est réussi. Un éboulement a fermé Chauvet il y a 20.000 ans. Il a protégé sa faune sans la figer. Elle galope toujours sur les parois, hennit, sourit mystérieusement, trahit des sentiments mélancoliques.
Il suffit de contempler cette «parade sauvage» à la lueur d'une flamme pour avoir affaire, plus de 30.000 ans avant Walt Disney, aux premiers dessins animés. Ici, deux rhinocéros s'entrechoquent. Et là, des lions se frottent lascivement. L'un est un mâle: il a des couilles. Ces artistes savaient leur anatomie. Ils ont fait école: 20.000 ans plus tard, on imitait toujours leur naturalisme stupéfiant (à Rouffignac, près de Lascaux, un mammouth laineux est doté d'un clapet anal).
Le dessin est le propre de l'homme, nous disent-ils. Pourtant, un triangle pubien mis à part, aucune forme humaine n'orne Chauvet. Le selfie viendra plus tard, quand on s'embourgeoisera en domestiquant la nature. Les chasseurs-cueilleurs savaient encore que nous ne sommes pas le centre de l'univers.

tavardon Le: 15/08/16